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La fois où j’ai tout quitté pour aller vivre à Cabarete. Partie 4

29 août 2017
cabarete retour à Montréal

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Il s’est passé 6 mois depuis mon arrivée à Cabarete. J’ai tellement changé depuis mon arrivée. Je parle maintenant 3 langues, j’ai emménagé dans la maison de mes rêves et j’ai réalisé que la moto, ce n’était pas pour moi…

Ce serait parfait si ce n’était pas de cette mystérieuse fatigue qui ne fait qu’augmenter malgré le fait que je ne fasse rien la plupart du temps… C’est le temps pour moi de rendre visite à ma famille. Une visite qui va changer le cours de ma vie…

Le billet d’avion

Entre deux orages, je me dépêchais d’aller au village de Cabarete dans un café internet à la recherche du meilleur deal possible pour me rendre à Montréal. J’avais très peu d’argent et bien que prendre un vol direct aurait été la meilleure chose dans mon état, j’ai plutôt opté pour un vol qui partait de Santiago jusqu’à New-York avec une correspondance de 6 heures vers mon autre vol jusqu’à Burlington. Ce billet m’avait couté moins de 250$ et c’est ça que ça valait.

Après l’épisode de la douleur en regardant le images de la fusillade du collège Dawson, j’avais quand même laissé passer quelques semaines avant de trouver ce billet aller simple. Plusieurs semaines à dormir plus que jamais. L’appétit était vraiment disparu et les vêtements qui étaient tellement ajustés plusieurs semaines auparavant était désormais trop grand. J’avais retrouvé l’usage de ma main recousue. Ce n’était pas parfait, mais les doigts recommençaient à plier.

Heureusement, je m’entendais super bien avec ma coloc; une fille super cultivée qui me racontait l’histoire de l’Allemagne et m’enseignait à bien parler anglais et espagnol. Elle adorait cuisiner, elle faisait toujours de la bouffe pour 20 personnes alors on avait souvent des invités à la maison. Coté coeur, ça tournait encore en rond avec mon ami du bar… Je commençais à comprendre que ça n’irais jamais plus loin. Une des raisons qui me faisait tarder à partir, c’était aussi ça. Je savais qu’il ne serait peut-être plus disponible à mon retour…

maison cabarete

C’est quoi le plan

J’avais donc mon billet de retour, mais je ne savais pas du tout c’était quoi le plan. Combien de temps j’allais rester à Montréal? Qu’est ce que j’allais faire en revenant à Cabarete? Je ne travaillais plus depuis un bon bout de temps déjà. J’étais pas trop stressé. Je voulais juste faire passer le temps jusqu’à la haute saison qui finirait bien par arriver et j’étais convaincue que cette basse saison était la cause de cette baisse d’énergie. J’ai pensé que me retrouver avec ma famille et mes amis à Montréal durant 3 ou 4 semaines allait me donner des forces et me permettre de prendre certaines décisions pour lesquelles je n’avais tout simplement pas les idées assez claire pour gérer à ce moment là.

Au revoir Cabarete

De peine et de misère, j’ai donc fermer cette valise et j’ai embarqué dans le taxi qui allait m’emmener jusqu’à l’aéroport de Santiago. Non seulement, ça me prendrais presque une quinzaine d’heure faire un trajet qui dure normalement moins de 4 heures, mais je partais la nuit. Après 6 mois à être dans ce village, je partais le coeur gros comme si je tournais la page d’un chapitre. J’avais beau me dire que j’allais revenir, j’étais inconsolable.

Il fallait s’y attendre, à la minute où je me suis assis dans cet avion à moitié vide, mes yeux se sont fermés  et j’ai dormi. À mon réveil, les agents de bord m’avaient couvert de couverture parce qu’ils disaient que je tremblais. Nous étions sur le point d’atterrir à JFK et je dormais encore. Les informations sur les vols de correspondances avaient été données aux voyageurs, mais mon semi coma avait fait en sorte que je n’avais pas enregistré.

vol cabarete maison

New-York JFK

J’ai descendu de l’avion en me disant que j’allais chercher un employé de la compagnie aérienne près du carrousel de bagage. Cet aéroport est si grand et j’étais complètement perdue. Mon regard balayait tous les coins du débarcadère à la recherche d’un employé. J’avais froid, j’étais endormie et nerveuse. Et j’ai avancé vers ce que je croyais comme étant un employé, mais j’ai rebroussé chemin parce que je n’étais pas au bon endroit et au moment où j’ai changé ma trajectoire, je les ai vus… Cette dizaine d’agent de la douane qui m’observait changer de direction comme si je les fuyaient.

J’ai avancé sur quelques mètres avant de me faire intercepter et me faire demander de les suivre. Je n’avais rien à me reprocher sauf peut-être le fait que j’avais travaillé illégalement à l’étranger, mais ils s’en foutaient, je n’étais pas citoyenne des États Unis. Mais à ce moment là, je n’ai pas eu ce jugement alors je suis devenue tellement nerveuse que ma voix tremblait. L’interrogatoire a durer plus de deux heures, en trois langues, on m’a fait une fouille corporelle où le seul vêtement que je portais était mon pantalon parce que dieu merci j’avais mes règles. C’était interminable, j’avais peur et la maudite douleur du coté gauche est revenue comme ce jour ou j’ai éternué devant les images de la fusillade du collège Dawson. Ça n’allait pas… Je voulais me téléporter dans le salon chez ma mère et rire de tout ça. Les douaniers se sont rendus à l’évidence que je ne transportais pas de drogue et ils ont finis par me laisser partir avec ma valise sans dessus dessous.

cabarete Montréal vol retour

Étrange douleur

Je suis allée prendre un café en essayant de me détendre. La douleur ne partaient pas et elles formaient maintenant une croix. Quelle idée de merde d’avoir décidé de passer par New-York. Si j’avais pris un vol direct, je serais déjà à la maison. Le vol vers Burlington s’était mieux déroulé. Ça avait été rapide. Ma meilleure amie venait me chercher pour me ramener à Montréal. Il me restait encore la douane Canadienne à passer. Lorsqu’ils ont demandé à ce qu’on se gare sur le coté pour fouiller la valise, je n’étais même pas surprise. Après cette deuxième longue fouille, j’étais enfin en territoire Canadien. Je n’avais jamais autant apprécié y être.

Montréal

Dans toute la folie de mon arrivée chez ma mère qui était là avec les amis, j’ai un peu arrêté de penser à cette douleur. J’allais m’occuper de ça plus tard. Pour le moment, j’irais souper à Montréal et demain, maman me préparerait un café et j’allais passer du temps avec ma famille pour la première fois depuis un bon bout de temps.

C’est à peu près comme ça que ça s’est passé durant le premier 24h, mais j’avais beau essayer toute sorte de chose, la douleur augmentait. Durant la soirée, je me suis même plier en deux en essayant d’avaler un de ces délicieux bagel qui m’avait tant manqué. Ma mère me faisait boire de l’eau chaude et je me suis endormie avec une bouillotte sur le ventre ce soir là.

L’urgence

Vers 3h du matin, je me suis réveillée en sueur. Maintenant, la douleur m’empêchait de respirer. Chaque souffle me donnait l’impression qu’une lame de couteau pénétrait dans mon poumon gauche. Ce n’était tout simplement pas tolérable. Je cherchais mon air, je paniquais… Encore aujourd’hui, après une greffe de moelle osseuse et tout ce que j’ai enduré, rien n’a jamais été si intense que cette douleur. Je me suis levée et je suis allée réveiller ma mère pour lui dire qu’il fallait aller à l’hôpital. Quinze minute plus tard, j’étais sur une civière à l’urgence sous morphine. Une demi heure plus tard, j’entendais le médecin dire à son collègue au téléphone: « Amène toi tout de suite! j’ai une patiente de 27 ans avec une hémoglobine à 56. » Radiographie, scan, échographie… Trois jours de test sans manger, branché sur un soluté et de la morphine en veux tu, en v’la! La rate était enflée, infectée et chaque fois que je respirais, mon poumon gauche frôlait les tissus de la rate, chaque fois l’infection montait dans le poumon. Mon corps se crispait sous la douleur, ma gorge criait sans que je le veule. Si j’avais eu une arme, j’aurais mis fin à cette torture, je le jure!

La peur

J’étais pas capable de réagir, mais j’ai tout ressenti: la peur de ma famille et de mes amis. Les médecins ne savaient plus quoi faire. J’ai entendu ma mère avoir un malaise, mon père pleurer en parlant au médecin, ma soeur, mettre son visage dans ses mains tellement elle avait peur.

hôpital douleur chirurgie

Et puis, je ne sais plus quel jour c’était, je ne sais pas si c’était la nuit ou le jour… Des gens sont venues me chercher à l’urgence pour m’amener au bloc opératoire. Lorsque je me suis réveillée, il faisait noir, mais j’ai entendu la voix de mon père. C’était calme. La douleur était différente, je ne pouvais maintenant plus bouger. J’avais une cicatrice qui commençait sous ma poitrine et qui se terminait un peu en dessous de mon nombril. Et le pire dans tout ça… C’est qu’il n’avait rien trouvé.

À suivre…

Important: Une soudaine fatigue, la perte d’appétit et l’épuisement psychologique ne devrait jamais être considéré comme des symptômes banales. Au contraire, ils sont souvent le signe que quelque chose ne va pas et qu’il serait mieux de consulter un médecin.

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