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Ce très long voyage durant lequel j’ai guéri

10 mai 2017
Un très long voyage

La guérison est une suite d’évènements pour la plupart heureux qui nous changent, nous offrent une nouvelle perspective d’avenir et qui nous donnent envie de mordre dans la vie à pleine dents.

J’étais une grande voyageuse avant la maladie et je réalise que reprendre le cours de ma vie me donne autant le vertige que lorsque je revenais de voyage. Avoir envie de tout quitter pour s’installer dans un endroit magnifique loin du stress et du tourbillon de mon style de vie Nord-Américain.

Es tu déjà parti assez longtemps en voyage pour qu’à ton retour, tu ressentes que tu avais changé, mais que l’endroit que tu avais quitté était resté exactement le même. Tu étais donc un peu déçu de voir que les gens que tu avais super hâte de revoir avaient les mêmes soucis; les mêmes emplois qu’ils n’aimaient pas, les mêmes relations toxiques…

Et puis, tu es soudain pris d’angoisse parce que tu as peur de retomber toi aussi dans cette routine que tu trouvais si ennuyeuse. Tu te répètes que tu vas reprendre ta vie en main. Que tu poseras des gestes pour changer ce qui ne te conviens pas parce que… et bien. Pourquoi pas?

Et un mois plus tard, tu es de retour à cette vieille bonne vie de « jemencontentesansplus ». Et avec un peu de chance, l’histoire se répète. Tu repars en voyage et tu reviens. Chaque fois, ça te fait le même effet. L’impression de t’être trouvé ailleurs et ça te frappe à quel point tu es un peu coincé dans cette vie où tu suis le flow en dépensant ton argent durement gagné sur des choses sans importances.

Mes trois années dans les Caraïbes

Un très long voyage Je sais exactement de quoi je parle, parce qu’à l’âge de 26 ans, j’ai élue domicile dans une île des caraïbes durant près de trois ans; en faisant quelques retours au Québec, où chaque fois, j’avais cette impression de ne plus correspondre à cette vie. Ça me donnait juste envie de repartir.

Et puis boum! La maladie m’a frappé! Il fallait que je revienne, je n’avais pas le choix. J’ai bien essayé de combiner les deux, travailler un peu ici et partir plusieurs mois, mais finalement, j’ai dû me rendre à l’évidence que ça ne pourrait pas marcher longtemps. Quel employeur allait m’engager durant 5 mois? Combien allais-je débourser juste en billets d’avions dans une année? Je n’avais d’autres choix que de revenir ici.

Je ne peux pas trop me plaindre parce que la vie a été généreuse. Elle m’a donné un emploi dans un domaine que j’aimais. J’ai eu la chance de faire plusieurs voyages. Ça m’a permis de me rapprocher de ma famille, de voir les enfants de mes amis grandir. Mais plus le temps avançait, je m’éloignais de plus en plus de mon désir de partir. Partir pour de vrai. Comme c’était prévu au départ.

Le temps

Un très long voyage Il me semble que mes 10 années au Québec ont passés plus vite que mes 3 années dans les Caraïbes… Là bas, les jours, les semaines, les mois ne se ressemblent pas. Les gens sont de passages, les gens sont connectés avec la nature et espèrent des vagues, du vent, du soleil…

Ce n’est pas parfait, on s’ennuie souvent de notre famille. À l’époque où j’y étais, il n’y avait pas encore Facebook. Je parlais à mes parents au téléphone environ une fois par semaine, on s’écrivait quelques courriels. Mes amis et moi, on se donnait des rendez vous sur MSN et on discutait des heures. Le wifi? il n’y en avait pas. Skype non plus. Tout ça pour dire que j’étais vraiment toute seule par moment et c’était difficile par moment. Sauf que cette expérience a fait de moi la personne que je suis et même si parfois, je ne me suis pas sentie en sécurité, que parfois on m’a manipulé ou même rejeté.. Je ne changerais rien à ces années.

L’après maladie, la fin du voyage

Et bien la convalescence , c’est un peu ça. C’est un long voyage qui te déconnecte de la réalité, qui te fait sortir du moule… Qui t’empêche d’être dans la masse et performer comme la plupart des gens que tu connais. Et plus tu avances dans la maladie, moins tu as des choses en communs avec les gens avec qui tu t’entendais pourtant très bien.

Le jour où on te dit que c’est pas certain que tu vas te rendre à 40 ans, là tu t’isoles parce que tu sais très bien que tu ne pourras pas participer à une conversation sans devoir mentir parce que tu sais que c’est pas ça que les gens veulent entendre.  De toute façon, même les gens les mieux intentionnés ne sauront pas trop comment se comporter devant ça. Et c’est souvent à ce moment là aussi que tu te rends compte que parler, c’est pas toujours nécessaire et tu aimerais parfois que les gens soient là, mais qu’ils ne disent rien.

Avoir soudain le droit de faire des projets

Un très long voyage Et lorsque tu survies, que la vie a choisi de te donner une deuxième chance. Et qu’après en avoir bavé pendant des mois, voire des années, on t’annonce que tu vas pouvoir reprendre le fil de ta vie. Soudain t’as le droit de faire des projets, t’as le droit de recommencer à rêver à autre chose que de guérir. Et là, en y réfléchissant bien, tu réalises que la vie que tu avais avant, tu ne l’avais pas choisi, c’est la maladie qui te l’a imposé. Donc, tu as soudain peur de te retrouver dans un mode de vie qui tourne juste autour du travail et de ta future retraite que tu sais même pas si tu vas être assez en forme pour en profiter.

La maladie, c’est un peu comme un long voyage. Tu en reviens changé. Tu as l’impression que toi tu as fait un grand bout de chemin durant ta bataille, que tu t’es renforcé, que tu as grandi, mais surtout que tu ne verras plus jamais la vie autrement. Si en plus, tu as l’impression que l’expérience t’a confié une mission, tu ne veux pas décevoir la vie en retournant à cette routine de « jemencontentesansplus ».

Je veux…

C’est donc le nouveaux combat que je dois mener. Je veux pouvoir vivre de manière spontanée et défendre mes valeurs sans être obligé de culpabiliser parce que mes choix ne sont pas ceux des autres. J’aimerais pouvoir m’arrêter lorsque je suis épuisée sans penser au travail que je devrai rattraper. Je souhaite pouvoir rédiger des textes jusqu’à 2 heures du matin parce que je me sens inspirée. Je voudrais que le dimanche soit mon jour préféré. Que ma vie soit rempli de jolies choses et de belles conversations. Je veux apprendre, être émue, inspirée.

Je veux que tout ce que j’ai vécu donne un sens à ma vie. Que chaque seconde, je me rappelle que j’ai failli ne pas être là. Je veux profiter de cette liberté que j’ai gagné de pouvoir aller où je veux quand je veux. Il n’y a rien ni personne qui pourra m’empêcher de profiter de cette nouvelle vie. Je me fais cette promesse à moi même et la dernière personne que je voudrais décevoir, c’est moi.

Catherine

 

 

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  1. Magnifique texte, Catherine. Tu as tellement raison, la maladie change la vie et crois-moi très souvent pour le mieux. Tu es une résiliente et tu es très inspirante.
    Pas facile l’épreuve de la maladie. De mon côté, j’ai eu de grand deuil à faire. J’ai fait le deuil de mon travail que j’aimais tellement. La chimiothérapie a laissé des séquelles à mon ossature et j’ai du composer avec le fait que je ne pouvais retourner enseigner. La maladie fait aussi, parfois, peur et fait fuir des personnes de l’entourage. Dans le tourbillon, j’ai perdu deux amies et une sœur qui n’ont pas été capables de composer avec ma nouvelle condition. J’ai accepté!
    Cependant, je sais maintenant que l’épreuve nous guide vers un autre chemin. Nous développons de nouvelle ressource. Je sens cette force à travers ton écriture. Cette beauté est en toi et elle te conduira sur une nouvelle route.

    1. Merci Francine! Tes commentaires sont toujours très touchant et je sens que tu te reconnais énormément à travers mes textes. Ça me donne beaucoup de force pour continuer. Je suis toujours très déçu de constater que des gens ont un désir de contrôle si grand au point qu’ils sont incapable de gérer le fait que quelqu’un autour d’eux est malade. Je crois qu’au bout du compte, il faut renverser cela et nous dire que la maladie nous a permis de voir qui était nos vrais amis. Merci encore de me lire. Bonne journée xxx

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