Bien-Être | blogue | Convalescence

Un jour tu ne seras plus malade…

16 janvier 2018

J’arrive en voyage. Depuis plusieurs semaines déjà je me fais des plans de voyages. j’imagine des moments classiques de vacances faisant référence à mes voyages précédents. Je me vois sur la plage à marcher avec la brise. Je me vois siroter une délicieuse noix de coco sous le soleil après m’être baigné dans une eau à la température rafraichissante ou encore à boire un cocktail tropical avec le rythme de la musique des Caraïbes. Dans ces plans, je ne suis plus malade. Je suis une survivante.

Et je me dis, cette fois; je vais tellement l’apprécier. Je n’y ai pas eu droit durant de longs mois. Alors je serai tellement reconnaissante envers la vie de me donner enfin cette chance. Je me dis; tu vas enfin comprendre que tu n’es plus malade. Que ces années difficiles sont derrière toi.

La réalité.

Mais la réalité est tout autre. J’ai beau avoir été capable de prendre l’avion; avec un masque soit dit en passant qui attire le regard, me rappelant que je ne suis pas qu’une simple touriste qui part à la recherche d’aventure et qui se risquera peut-être à gouter aux saveurs locales.

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Au premier réveil, mon reflet dans le miroir me renvoie les cernes d’une fatigue post traitement qui a eu lieu deux jours avant mon départ. Je vais devoir attendre quelques jours avant de les voir disparaitre. Avec un peu de manipulation, j’arriverai à les dissimuler sous un peu de maquillage. On pensera peut-être que j’ai le manque de sommeil du temps des fêtes comme tout le monde.

Le physique

Ce premier matin, je découvre mes bras que je n’avais pas vu depuis la fin de l’été à Montréal. Mes 100 livres laissent paraitre quelques os sur mes épaules et dans mon dos. Les traitements ont abimés mes veines. Mes bras me trahissent. J’ai beau les entrainer. J’ai l’apparence d’une petite fille malade. Ma poitrine m’a quitté depuis longtemps alors ce n’est pas ça qui va m’aider à m’identifier à la femme que j’ai déjà été.

J’ai toujours été mince, oui. Mais avec des formes. Je mentirais si je disais que j’avais déjà aimé mon corps. Je voulais être mince, super mince… Mais ce corps maigre, je l’ai à cause de la maladie. À cause des médicaments, de la chimiothérapie. Il ne fait que donner plus d’attention à ces cicatrices qui recouvrent mon corps, il leur donne de l’importance, il attire l’oeil inquiet.

J’observe ces filles magnifiques sur la plage avec leur grande queue de cheval ou leur chignon défait. Je me convainc que je devrais simplement apprécier avoir des cheveux parce que l’époque où je n’en avais pas n’est pas si loin. Mais à quand la coupe de cheveux que j’aurai choisi? À quand la queue de cheval fait à l’aveugle sans devoir mettre une dizaine de barrettes pour donner l’impression que moi aussi, je suis libre de me coiffer comme je veux.

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Les gens ne me reconnaissent pas toujours. Ils me saluent poliment et attendent que je ne les regarde plus pour m’observer et essayer de comprendre d’où ils me connaissent. Parfois, j’ai droit à un; «  je ne t’ai pas reconnu avec ces cheveux ». Et ils tentent de récupérer la conversation lorsqu’ils comprennent que je suis cette fille dont ils ont entendu dire un jour qu’elle souffrait d’une maladie grave. Certains maladroits me disent de prendre du poids, certains maladroits me demandent pourquoi j’ai coupé mes cheveux.

Le regard

Comment pourrais-je leur en vouloir? Je me suis peut-être décidé sur un coup de tête de couper ces longs cheveux bruns et qui sait, peut-être que j’ai vécu une séparation compliquée qui expliquent les 25 livres de moins. Parfois, je sens le besoin de me justifier pour qu’ils sachent que j’ai été affligé d’une maladie très grave et que j’ai passé de longs mois malade à me battre pour ma vie. Ils me verront peut-être comme une guerrière et se diront que mon image n’est que le reflet d’un passé douloureux m’ayant rendu fragile.

N’ai-je pas dit à plusieurs reprises que ce parcours étaient encré en moi et que je ne voudrais jamais l’ignorer? Absolument. J’arrive à comprendre que plusieurs des choses que j’aime de moi existent grâce à cette expérience. Je ne changerais pas le regard que j’ai envers la vie pour rien au monde. Je ne retournerais pas en cette personne que j’ai déjà été, je suis persuadée que la maladie devait arriver et qu’elle faisait parti de mon destin.

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Mais, je dois apprendre à vivre avec le regard des autres sur moi même et ne pas le laisser affecter l’image que je me fais de moi même. Revivre en société est beaucoup plus difficile que je l’aurais cru. Les standards, le jugement, la peur de la différence… Je ne m’y fais pas. J’ai trop longtemps choisi la solitude et l’isolement pour ne pas faire face à cela. Maintenant, je ne veux plus avoir peur des autres et de la puissance de leur regard.

Ça ne sera pas facile de vivre avec cette nouvelle moi. Chaque jour je vais me connaitre un peu plus et éventuellement, on va former une seule entité en acceptant le passé, en profitant du présent et en se tournant vers l’avenir… Et c’est à ce moment là que la grosseur de mes bras, la longueur de mes cheveux et l’inquiétude dans mes yeux ne seront plus ce qui vont me définir auprès des autres.

Un jour à la fois.

Catherine

 

Photos de voyage disponible sur le compte Instagram du blogue ici 

 

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